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[Test] Layers of Fear

[Test] Layers of Fear
Editeur/Développeur Bloober Team SA
Date de sortie Initialement le 27 août - Early access à 75%
Plateformes PC/Mac, Xbox One (à venir)
Genre Survival
Classification Déconseillé aux moins de 18 ans
Testé par Invitée

Note

Total average

4.7/5

Histoire / Ambiance
Immersion / Gameplay
Intérêt / Durée de vie

Ce que j'en pense

Si comme moi vous aimez vous faire peur, vous n’avez pas pu passer à côté du fait que le genre du survival-horror est tombé en désuétude sur nos plateformes next-gen. Faisant parfois quelques incursions au moment d’Halloween (dixit Project Zero : la prêtresse des eaux noires le 30 Octobre prochain), les réalisations AAA se comptent sur les doigts d’une main et ont souvent l’objectif de vous faire démolir du zombies à tour de bras plutôt que de vous oppresser par leur ambiance soignée. Bien sûr on notera quelques exceptions ici et là mais rien qui ne soit foncièrement alléchant comme à la grande époque des Silent Hill et consorts.

 

Rien ne se perd, tout se transforme.

Bien que les acteurs majeurs de l’industrie boudent les joueurs amateurs de frisson, les studios indépendants – eux – n’ont pas manqué de s’approprier le vilain petit canard horrifique, insufflant une nouvelle vie à ce genre que personnellement je croyais perdu. Penumbra et Amnesia sont les jeux qui ont marqué le retour tant attendu de l’épouvante, donnant à l’aventure-horreur ses lettres de noblesse. C’est dans cette veine que s’inscrit Layers of Fear : une expérience psychédélique aux confins de la psychologie torturée d’un peintre alcoolique.

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Avant de vous parler plus en détail de mes impressions sur l’early access, je crois nécessaire de revenir sur la genèse du projet afin de clarifier un des aspects qui pourrait s’avérer le point noir du jeu pour nombre d’entre vous : la durée de vie. Le studio confie sur sa page Steam qu’il ne s’agissait à l’origine que d’une modeste expérience d’exploration, qui ne devait pas excéder une vingtaine de minutes. Néanmoins, il leur est vite apparu qu’il serait plus intéressant pour eux et pour nous d’en faire un jeu à part entière, incluant donc la communauté des joueurs dans le processus de développement afin de recueillir leurs idées et impressions. Vous ne pourrez pas passer à côté du fait que Layers of Fear est similaire dans ses intentions à la démo P.T sur Playstation 4 ( retirée du playstation store par Konami suite à sa scission avec Hideo Kojima). Cette influence assumée et revendiquée par l’équipe de Bloober Team limite selon moi l’expérience de jeu dans sa durée, la rendant très aléatoire selon votre façon d’explorer.  Court mais intense serait la meilleure description que l’on pourrait faire de cette early access, et ce qui pourrait vous sembler être un défaut majeur s’avère finalement un choix osé bien plus judicieux qu’il n’y paraît.

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PROMENONS NOUS …

On ne peut donc pas évoquer Layers of Fear sans s’attarder un peu sur son gameplay, assez similaire à celui de Gone Home. Ici pas d’ennemis, pas de barre de vie, pas d’inventaire, l’on incarne un peintre dont la seule obsession est d’achever sa pièce maîtresse. On a concrètement pour seul but celui de parcourir les lieux et de fouiller chaque recoin de la maison auquel on a accès. C’est par ailleurs dans ce dernier point que se trouve à la fois l’aspect le plus génial et paradoxalement frustrant de l’aventure. Le joueur n’a pas d’objectifs particuliers à remplir si ce n’est quelques énigmes ici et là. C’est à ce dernier de faire le choix de trouver ou non tous les écrits disséminés un peu partout dans la maison et d’observer le moindre objet dont il pourrait se saisir. L’exploration reste très linéaire bien que parfaitement justifiée par le contexte dans lequel le personnage évolue et la rejouabilité réside uniquement dans les indices et pièces que l’on aurait manqué.

 

Mais ce qui fait la force de ce jeu (au delà de son ambiance sur laquelle nous reviendrons) réside dans le level-design. Diablement efficace et malin, il anticipe les réactions des joueurs face à certains évènements pour mieux le perdre, le troubler et l’effrayer. On commence l’aventure dans une maison aux proportions et à l’agencement parfaitement normaux, ce qui permet dans un premier temps de se familiariser avec des meubles, des lieux et des objets que l’on retrouvera  plus tardivement dans l’aventure et qui constitueront des points de repères essentiels pour le joueur. Les pièces se succèderont les unes après les autres sans réelle cohérence (du moins à première vue) donnant cette vive impression de s’enfoncer petit à petit dans la psyché dérangeante du personnage que l’on incarne. Un simple mouvement de caméra pourra même venir perturber de temps à autre l’exploration et bousculer l’agencement d’un environnement que l’on croyait acquis. Bloober Team a fait preuve ici d’un talent indéniable qui donne tout son sel au jeu. Bien entendu, il y aurait encore beaucoup de choses à écrire à propos du level design mais je fais le choix de m’arrêter là afin que vous puissiez vivre l’expérience par vous-même.

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AU PAYS DE JHERONIMUS BOSCH

Si vous êtes férus d’Art vous ne pourrez pas manquer les innombrables tableaux qui jalonnent l’aventure et qui constituent la principale inspiration de Bloober Team dans ses choix de direction artistique. Certains d’entre eux vous seront familiers et d’autres plus ou moins exotiques comme le Cauchemar de Johann Heinrich Füssli, le portrait d’Antonietta Gonzales par Lavinia Fontana, le Sabbat des sorcières de Francisco de Goya, Passé et Présent N°1 de Augustus Leopold Egg ou encore l’enlèvement de Ganymède par Rembrant pour ne citer que les plus connus.

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Esthétiquement le jeu est donc plutôt joli, bien que souffrant d’un fort aliasing (je pense causé par le fait de la configuration moyenne). On ressent clairement l’inspiration victorienne dans l’architecture et les similitudes très marquées de l’environnement avec les tableaux qui ont inspiré les développeurs. La demeure est sombre et oppressante et l’on se surprendra régulièrement à se précipiter sur les lampes et les bougies pour chasser cette morbide impression qui nous collera à la peau tout le long du jeu. Mais qui dit ambiance dit forcément peur, et ici c’est la maison elle-même qui passera son temps à vous terrifier ; malheureusement le manque d’enjeux pourrait en refroidir certains et les évènements scriptés vous ôteront le plaisir de la rejouabilité. Nous sommes ici face à un jeu qui mise tout sur son ambiance délétère patente, opérant une progression dans l’horreur somme toute classique mais diablement efficace. Vous n’échapperez pas aux classiques jump-scare (rares fort heureusement) et aux hommages assumés à certaines grandes franchises du survival-horror, Silent Hill en tête de liste.

Vrai point fort de Layers of Fear, les musiques m’ont beaucoup rappelé le thème principal de l’Effet Papillon ou encore celles du jeu argentin Scratches. Lancinantes et discrètes tout au long de l’aventure, elles restent assez marquantes par leur instrumentalisation minimaliste et insolite. L’ambiance sonore est quant à elle d’une élégante sobriété et ne manquera pas de susciter l’angoisse efficacement, une chose est sûr, impossible de se passer du casque et de l’obscurité pour jouer.

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LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY

Dans cette early access, le scénario suscite bien plus de questions que de réponses. D’une part parce que Bloober Team a sciemment ôté des morceaux de l’intrigue pour ne pas trop en révéler et d’autre part car Layers of Fear fait parti de ces rares jeux qui vous laisse à vos suppositions sans jamais vous mâcher le travail. Il incombe au joueur de faire ses propres déductions à partir des documents que l’on trouve et là encore rien n’est acquis même si de prime abord l’on croit tout comprendre. La frontière entre la réalité et la folie du personnage est particulièrement mince et pour vous en parler sans trop vous spoiler je vais évoquer ici ma première expérience singulière dans ce jeu.

L’on commence l’aventure dans le vestibule de la demeure et en ouvrant la première porte l’on s’aperçoit qu’un rat s’empresse de déguerpir vers la cuisine. La première réaction est de se dire : ce n’est qu’un rat, jusqu’à ce que vous trouviez quelques secondes plus tard une note sur la table provenant d’une société d’extermination de nuisibles et qui vous somme de cesser de les harceler car il n’y a aucun rat chez vous ; et pourtant des rats, vous ne cesserez pas d’en voir après ça.

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Ce n’est certes qu’un détail, mais un détail qui a son importance pour les personnes appréciant lire entre les lignes ; d’autant plus que les éléments prouvant la décadence psychologique de votre personnage ne manquent pas tout au long du jeu. Sommes-nous en plein délirium tremens ? Est-ce un cauchemar éveillé ? Une vision déformée de la réalité ? Tout est possible et l’on ne peut qu’attendre avec une vive impatience le dénouement de l’histoire qui – bien que convenue pour ce que j’en sais – ne manque pas de piment.

Développé par Bloober Team SA, Layers of Fear était initialement prévu le 27 août dernier en version complète mais est actuellement toujours au stade de l’early access, bien que du contenu soit régulièrement ajouté. Disponible sur PC et Mac, une sortie sur Xbox One est également prévue. On espère une version complète d’ici Novembre.

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Verdict : Je pense sincèrement que Layers of Fear est une expérience psychédélique et horrifique qui mérite d’être vécue, l’un de ces jeux subtils dont l’expérience est aussi brève qu’intense. Je ne peux que saluer l’imagination et la volonté de bien faire de ce modeste studio polonais qui aura contribué à faire vivre un genre que j’apprécie énormément lorsqu’il est emprunt de finesse. Exclusivement en anglais, je ne le recommanderai donc pas à tout le monde. Mais si vous souhaitez vivre une aventure dérangeante et singulière, surveillez donc l’arrivée de cette petit pépite.

 

Les plus :

- La direction artistique très lovecraftienne
- L’ambiance musicale & sonore
- Le level design psychédélique
- Un scénario intrigant
- La peur et l’angoisse omniprésentes

Les moins :

- La durée de vie
- Aliasing très présent en configuration moyenne
- Uniquement en anglais
- Gameplay très en retrait au profit de l’exploration

Testé par Chess

Les Gameuses

1 commentaire

  1. Arabene

    Belle chronique.

    Petit up: le jeu est disponible avec sous titres Fr.

    Super jeu, je viens de le finir à l’instant. Personnellement je trouve qu’il passe très bien avec une bonne carte graphique.

    N'a pas pu s'en empêcher le 12 octobre 2016

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